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Retraite du médecin déconventionné : ASV, CARMF, comment compenser

6 min de lecture
Relevé de points de retraite CARMF et carnet de notes sur le bureau d'un médecin

Un médecin déconventionné continue de cotiser à la CARMF pour ses régimes de base et complémentaire, mais sort du régime ASV, réservé aux conventionnés : il n'acquiert plus de points dans un régime qui représente près de 40 % de la retraite des médecins selon la FMF, et perd la participation de l'Assurance Maladie qui, en secteur 1, couvre environ deux tiers de la cotisation. Les points déjà acquis restent acquis ; le manque à gagner porte sur les années futures et se compense par une épargne individuelle, PER en tête.

Dans l'équation du déconventionnement, la retraite est le poste le plus souvent sous-estimé : contrairement au surcoût de cotisations maladie, visible dès le premier appel URSSAF, la perte de l'ASV ne se matérialise qu'à la liquidation, des années ou des décennies plus tard. Voici ce qui change réellement sur chacun des trois étages de votre retraite, et comment dimensionner la compensation.

Que devient ma retraite CARMF hors convention ?

L'essentiel d'abord : vous restez affilié à la CARMF, et deux de vos trois régimes de retraite continuent de fonctionner normalement. La retraite d'un médecin libéral repose sur trois étages : le régime de base (géré par la CARMF pour le compte de la CNAVPL), le régime complémentaire vieillesse, et l'ASV (avantage social vieillesse). Le déconventionnement ne touche que le troisième.

Concrètement, après l'envoi de la lettre recommandée prévue par l'article R. 162-54-9 du code de la sécurité sociale :

  • le régime de base continue : vous cotisez et acquérez des droits comme tout professionnel libéral (la FMF signale même un supplément de cotisation d'environ 1 184 € par an lié au changement de régime social) ;
  • le régime complémentaire CARMF continue à l'identique ;
  • le régime ASV s'arrête : réservé aux médecins conventionnés, il cesse de recevoir vos cotisations, et l'Assurance Maladie cesse d'y participer.

Point décisif : les points ASV acquis pendant vos années conventionnées restent acquis. Un praticien qui se déconventionne à 50 ans après vingt-cinq ans en secteur 1 conservera, à la liquidation, la pension ASV correspondant à ces vingt-cinq années. La perte porte uniquement sur les points non acquis entre le déconventionnement et la retraite. C'est ce qui rend l'analyse très dépendante de l'âge, comme on le verra plus bas, et c'est un paramètre à intégrer dans le bilan financier global d'un passage en secteur 3.

Pourquoi la perte de l'ASV pèse-t-elle autant ?

Parce que l'ASV est, de loin, l'étage au meilleur rendement pour un médecin de secteur 1 : selon la CARMF, environ deux tiers de la cotisation ASV y sont pris en charge par l'Assurance Maladie, le praticien n'en payant qu'un tiers pour des droits complets. C'est cette subvention, historiquement conçue comme une contrepartie de l'adhésion aux tarifs conventionnés, qui explique que l'ASV représente près de 40 % de la retraite des médecins, selon la FMF.

Les ordres de grandeur publiés par la CARMF donnent la mesure du régime : la cotisation ASV comprend une part forfaitaire de l'ordre de 5 751 € et une part d'ajustement d'environ 4 % du revenu conventionnel, dans la limite de cinq plafonds de la Sécurité sociale. En secteur 1, l'Assurance Maladie finance environ deux tiers de l'ensemble. En sortant de la convention, vous ne perdez donc pas seulement un régime : vous perdez un régime aux deux tiers financé par un tiers payeur.

La FMF chiffre l'avantage ASV abandonné à environ 2 768 € par an sur son cas type, c'est-à-dire des droits futurs que le médecin déconventionné doit désormais reconstituer intégralement sur ses propres deniers, au rendement du marché et non plus au rendement subventionné du régime. Ce différentiel est structurel : aucune épargne privée ne bénéficie d'un abondement équivalent.

Il faut néanmoins garder deux nuances en tête. D'une part, l'équilibre à long terme du régime ASV fait débat de longue date, et sa valeur de service des points a déjà été ajustée par le passé : les 40 % constatés sur les pensions actuelles ne sont pas garantis pour les liquidations lointaines. D'autre part, le médecin de secteur 2 paie déjà, lui, l'intégralité de sa cotisation ASV : la marche est donc plus haute pour un praticien venant du secteur 1 que pour un ancien secteur 2, distinction rappelée dans notre comparatif des secteurs 1, 2 et 3.

Comment compenser (PER, capitalisation) ?

Le principe de compensation est simple à énoncer : rediriger chaque année vers une épargne longue au moins l'équivalent des droits ASV non acquis, soit plusieurs milliers d'euros par an en partant de l'avantage d'environ 2 768 € chiffré par la FMF, à ajuster selon votre revenu et votre horizon. Les honoraires libres du secteur 3 sont précisément ce qui rend cet effort finançable.

Le PER individuel est l'outil de première intention pour un libéral : les versements sont déductibles du bénéfice imposable dans la limite, pour un travailleur non salarié, de 10 % du bénéfice professionnel, majorés de 15 % de la fraction du bénéfice comprise entre une et huit fois le plafond annuel de la Sécurité sociale. Pour un médecin dont le revenu augmente avec les tarifs libres, cette déductibilité amortit une partie de l'effort d'épargne.

Au-delà du PER, la panoplie classique de la capitalisation s'applique (assurance-vie pour la souplesse, immobilier pour les revenus complémentaires, comptes-titres pour la diversification), avec un principe directeur : la régularité des versements compte plus que le choix du support. Trois réflexes utiles :

  • demander à la CARMF une estimation de vos droits acquis (base, complémentaire, ASV) avant de décider, pour partir d'une photographie exacte ;
  • automatiser un versement mensuel calé sur l'ancienne cotisation ASV totale, part Assurance Maladie comprise, plutôt qu'épargner « ce qui reste » ;
  • réévaluer l'effort chaque année avec votre expert-comptable, en même temps que vos honoraires, dont la fixation est traitée dans notre article sur l'impact financier du déconventionnement.

À quel âge le déconventionnement reste-t-il pertinent ?

Plus la décision est précoce ou tardive, plus l'équation retraite est simple ; c'est en milieu de carrière qu'elle est la plus délicate. La raison tient à la mécanique des points : les droits acquis sont conservés, seuls les droits futurs sont perdus.

Un praticien en début de carrière a des décennies pour capitaliser : l'effort annuel de compensation, lissé sur trente ans, reste absorbable, surtout dans un contexte où, selon l'enquête Jeunes Médecins de novembre 2025 (environ 1 900 répondants, non représentative), 28 % des jeunes médecins envisagent le déconventionnement. Un praticien à moins de dix ans de la retraite, lui, a déjà engrangé l'essentiel de ses points ASV : le manque à gagner résiduel est limité et se chiffre précisément.

Entre les deux (typiquement entre 40 et 55 ans), la perte porte sur les années de cotisation les plus fortes, avec un horizon de capitalisation raccourci : c'est là que la simulation CARMF et l'accompagnement d'un professionnel du patrimoine sont les plus nécessaires. S'ajoute pour tous le paramètre 2027 : la fin du remboursement des prescriptions au 1er janvier 2027, issue de l'article 76 de la LFSS 2026, modifie l'attractivité du secteur 3 côté patients et donc les revenus qui financeront votre épargne. Les chiffres nationaux du secteur 3, 800 à 1 350 médecins concernés selon les sources, rappellent enfin que ce choix reste rare, et donc peu documenté : d'où l'importance de données fiables.

MonPS prépare la première plateforme française dédiée aux professionnels de santé non conventionnés ; l'espace praticiens rassemble simulateurs et ressources à jour sur ces questions.

Cet article fournit une information générale sur les régimes de retraite des médecins libéraux. Il ne constitue ni un conseil financier, ni un conseil en investissement personnalisé : votre situation particulière relève d'une simulation CARMF et de l'accompagnement d'un conseiller habilité.

Questions fréquentes

Un médecin déconventionné perd-il ses points ASV déjà acquis ?

Non. Les points ASV acquis pendant les années d'exercice conventionné restent acquis et seront liquidés à la retraite. Ce qui s'arrête avec le déconventionnement, c'est l'acquisition de nouveaux points : le régime ASV est réservé aux médecins conventionnés, et l'Assurance Maladie cesse de participer à la cotisation.

Pourquoi l'ASV est-elle si avantageuse pour un médecin en secteur 1 ?

Parce qu'en secteur 1, environ deux tiers de la cotisation ASV sont pris en charge par l'Assurance Maladie, selon la CARMF : le médecin acquiert des droits complets en n'en payant qu'un tiers. Ce rendement subventionné explique que l'ASV représente près de 40 % de la retraite des médecins, selon la FMF, alors qu'elle ne pèse qu'une fraction des cotisations versées.

Le médecin hors convention cotise-t-il encore à la CARMF ?

Oui. Le déconventionnement ne change rien à l'affiliation à la CARMF : le médecin continue de cotiser au régime de base et au régime complémentaire vieillesse, et d'y acquérir des droits. Seul l'étage ASV s'arrête, puisqu'il est réservé aux praticiens conventionnés.

Quel montant épargner pour compenser la perte de l'ASV ?

Il n'y a pas de chiffre universel : l'effort dépend de votre âge, de votre revenu et du nombre d'années d'exercice restantes. L'ordre de grandeur de départ est la part de cotisation ASV que finançait l'Assurance Maladie, soit plusieurs milliers d'euros par an, à orienter vers un PER ou une autre épargne longue. Une simulation personnalisée auprès de la CARMF et d'un conseiller est indispensable.

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